Festival shadows

Publié le par 安娜

chinois-belleville1 modifié-1Depuis le mardi 16 novembre se déroule à Paris, au studio des Ursulines le festival du cinéma indépendant chinois. A cette occasion j'ai pu voir deux films documentaires sur la vie en Chine. Le premier de Fan Lixin s'intitulait Last train home il décrit, je devrais dire il donne à voir, la vie d'une famille de min gong (paysans-ouvriers). Les parents vivent loin de leurs enfants, ils travaillent dans une usine d'habillement à Canton et ne rentrent dans leur village qui se trouve à plus de 2000km qu'à l'occasion des fêtes du Nouvel An chinois ( chun jie) . Et encore plusieurs années peuvent s'écouler avant qu'ils ne réussissent à réunir l'argent nécessaire et obtiennent un billet qui leur permettent de partir à temps. Les enfants vivent au village avec les grands-parents, ils vont à l'école et aident leur grand-mère aux travaux des champs. Le spectateur découvre au fil des séquences des parents exténués qui sacrifient toute leur existence à réunir un peu d'argent afin que leurs enfants fassent des études et échappent à leur vie misérable. Mais tout cet amour n'arrive pas à s'exprimer et débouche sur une amère déception. Les enfants n'ont pu créer aucun lien affectif avec ces parents lointains qui exigent d'eux la réussite scolaire. Les rares journées de réunion lors des fêtes du printemps donnent lieu à de frêles instants de bonheur et des conflits où se révèlent révolte, impuissance et amour frustré.

Le second film Red White a été réalisé par Chen Zhong. Le titre est la traduction littérale du nom du village où il a été tourné : Hong Bai. Il a été tourné dans ce village situé à quelques  kilomètres de Chengdu (Sichuan) six mois après le tremblement de terre qui eut lieu en 2008. Terriblement meurtrier, il le fut doublement, car de nombreux enfants périrent prisonniers d'écoles mal construites du fait de la corruption des pouvoirs locaux. Ce film relate la vie de ces villageois après le séisme, après l'horreur, après la mort. C'est la vie qui reprend le dessus avec douceur, opiniâtreté, résistance, humour et tendresse. La mise en cause des pouvoirs locaux n'est pas l'objectif de ce film, d'autres l'ont fait nous confirme le réalisateur, pourquoi tous faire la même chose ? Néanmoins, une scène n'y échappe pas : les parents se recueillent sur les lieux d'une école détruite et dont tous les décombres ont été rasés,  alors le ressentiment s'exprime d'une voix sourde et amère mais sans s'attarder. Ce qui importe aujourd'hui, c'est la vie, aider les morts sans sépulture à quitter définitivement le monde des vivants, aider les vivants à revivre, car c'est la vie qui gagne toujours sur la mort. C'est toute la fonction du moine taoïste qui dans son temple en ruines a fort à faire pour aider tout un chacun à refaire sa vie : reconstruire sa maison, trouver un conjoint, se débarasser des cauchemards et des fantômes, sécuriser la route, sécuriser une nouvelle voiture. Ce moine et son coq sont l'enchantement de ce film et puis aussi cette petite fille qui voit le jour juste à la fin du film. J'aime beaucoup le travail de ces documentaristes : il n'y a pas de musique ni de commentaire en voix off, seuls le montage et le choix des images construisent une histoire qui respecte les protagonistes et leur vérité.

Publié dans cinéma

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